Critique : 5 Diapasons

Évènement

Les trois quatuors à cordes de l’Opus 54 (1788) accordent au premier violon un rôle prépondérant voire spectaculaire, quitte à transgresser parfois cette égalité et cette intégration des parties dont Haydn a fait l’essence de son écriture pour quatuor. Le plus souvent cette virtuosité technique n’est là que pour propulser la dynamique d’ensemble. Les mouvements lents, d’un dramatisme que Haydn n’avait jamais poussé aussi loin, fascinent par leur simplicité mélancolique, leur éloquence, leur chromatisme puissamment sensuel. Tout cela est bien compris par les musiciens du Quatuor Psophos, dont l’approche de l’Opus 54 no 1 en sol majeur, et particulièrement de son délicat Allegretto, se révèle un modèle d’intelligence et d’intégrité.

 Historiquement informés ? Si l’on veut (ils utilisent des archets d’époque), mais de loin et sans dogmatisme. Les Psophos abordent les trois œuvres avec pugnacité, élégance, et tout ce que cela comportede chatoyant mais également de fragile. Transparente et acérée, pri-vilégiant des tempos très vifs, leur interprétation se départit rarement d’une lumière crue plutôt gratifiante,en rapport avec la rigueur, la fantaisie et la rapidité de pensée qui singularisent ces œuvres.

Le puissant et original Opus 54 no 2 en ut majeur est placé ici en tête (comme dans l’édition londonienne de Longman& Broderip, et le catalogue Hoboken). Les envolées amples et audacieuses du Vivace initial, autant que I’Adagio, où le chant du premier violon se brise en arabesques passionnées au-dessus de la sombre mélodie des trois autres instruments, sont ici remarquablement joués. Comme les thèmes très inspirés des mouvements extrêmes de l’Opus 54 n’3 en mi majeur, et le foisonnant discours de son Largo.

Patrick Szersnovicz